Avec D’artificielles origines, Rafiy Okefolahan ne propose pas une simple exposition de tableaux. Il invite le visiteur à une traversée intellectuelle et sensible autour d’un questionnement central. Qu'est-ce que nos origines ?

« D’artificielles origines, ce sont des questions dont les réponses doivent être trouvées par chacun d’entre nous », explique l’artiste. « Est-ce que nos origines sont liées à la terre, au père, à la mère, ou à l’endroit d’où nos ancêtres sont partis ? »

image
Un tableau de l'artiste qui met en exergue le sacrifice

Pour Rafiy Okefolahan, cette réflexion est née d’un cheminement personnel. « Après quarante ans de vie et d’expériences, on commence à se demander ses origines, c’est quoi en fait ? », confie-t-il, soulignant combien les migrations, les métissages et les déplacements redessinent aujourd’hui les identités.

Entre héritages ancestraux et apports modernes

L’exposition met en lumière la coexistence entre traditions et modernité. « Il y a des nouveautés qui se rajoutent à nos origines et que nous transmettons ensuite à nos enfants, puis à leurs enfants », observe l’artiste, évoquant aussi bien les modes vestimentaires que les pratiques culturelles contemporaines.

Cette pluralité se reflète dans les techniques artistiques mobilisées. « Toute l’exposition est une seule œuvre, une installation », précise Rafiy Okefolahan. Peinture acrylique rehaussée parfois d’huile, photographie, fibres végétales, perles et raffias composent un ensemble où chaque médium apporte une lecture différente du même thème. « J’utilise toutes les techniques que je maîtrise pour tenter de donner une définition à d’artificielles origines », insiste-t-il.

“Le Centre”, un lieu de maturation artistique

Pour Berthold Hinkati, Directeur général de l’espace culturel “Le Centre”, cette exposition s’inscrit dans une trajectoire longue. « Nous sommes dans le cadre d’un solo show de l’artiste Rafiy, que nous avons accueilli en résidence pendant environ six semaines », rappelle-t-il. Déjà présent dans les lieux en 2014, l’artiste revient aujourd’hui avec une démarche plus aboutie.

Le Directeur souligne le caractère singulier de la résidence. « Il a transformé son atelier et sa devanture en un espace d’élevage, avec des poules, des coqs et des moutons, pour s’immerger dans l’univers des offrandes », explique-t-il. Une démarche expérimentale qui a donné naissance aux œuvres présentées lors du vernissage.

Pour Berthold Hinkati, le constat est clair : « En six semaines, réaliser tout cela montre qu’on n’est plus un artiste émergent, mais un artiste confirmé. » Et d’ajouter : « Je l’ai vu ici en 2014, je le redécouvre en 2026. Sa technique et son discours ont énormément évolué. »

image

Offrande, procession et transmission

Le parcours de l’exposition est structuré comme une initiation. « Quand vous cherchez vos origines, c’est toute une série de processions », explique Rafiy Okefolahan. Offrande, procession, métaphore, arbre à palabres, chaque espace invite le visiteur à franchir des étapes de réflexion. « Quand vous allez chercher la vérité, vous devez parfois vous affranchir d’une autre vérité », confie l’artiste, qui invite également le public à participer en inscrivant ses propres origines sur une fresque-installation.

Moment fort du vernissage, la performance « Connexion » illustre ce métissage culturel. « Je suis yoruba, j’ai grandi avec le “gan gan”, mais aujourd’hui j’écoute aussi du hip-hop », explique Rafiy Okefolahan. En associant percussionnistes traditionnels et danseuses urbaines, l’artiste donne à voir « tout ce mélange qui nous forge aujourd’hui et que nous transmettons ensuite à nos enfants ».


Une résonance avec les politiques culturelles nationales


Présent au vernissage, le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Jean-Michel Abimbola, a salué la profondeur du propos artistique. « Rafiy interroge ses origines, nos origines, et c’est un sujet éminemment important et sensible », a-t-il déclaré.

Le ministre a établi un lien direct avec les orientations culturelles du pays du moment. « À travers les politiques publiques que nous mettons en œuvre, nous montrons combien il est important de revenir à ses origines, de les connaître et de les interroger ». Il a également évoqué les initiatives en faveur de l’afro-descendance, soulignant que « tout ce qui est évoqué ici aujourd’hui est au cœur des préoccupations du gouvernement ».

image

Le ministre Abimbola lors du vernissage

Jean-Michel Abimbola a enfin salué la dimension pédagogique de la démarche : « À partir du moment où vous avez un atelier et que vous transmettez à des jeunes, vous devenez un maître », reconnaissant en Rafiy Okefolahan un artiste confirmé et un passeur de savoirs.


Un jalon majeur dans un parcours artistique

D’artificielles origines s’impose ainsi comme une œuvre-charnière dans le parcours de Rafiy Okefolahan. Plus qu’une célébration de vingt (20) ans de pratique artistique, l’exposition apparaît comme un manifeste, où l’art devient un espace de questionnement collectif sur l’identité, la mémoire et la transmission.

À l’espace culturel Le Centre, le vernissage du 16 janvier 2026 marque le point de départ d’un projet appelé à évoluer, au rythme des interrogations qu’il continue de susciter.