La question des responsabilités dans les sévices corporels subis par l’étudiant Abdoulaye Ba jusqu’à son décès demeure entière, plusieurs jours après le drame. Selon une source présente lors de l’examen médico-légal et citée par RFI, le corps de la victime portait les traces de traumatismes multiples, caractérisés par d’importantes hémorragies internes.

Parmi les atteintes relevées figurent notamment un hémothorax au niveau pulmonaire, une hémorragie sous-durale consécutive à une commotion cérébrale, ainsi qu’une rupture de la rate et une hémorragie touchant le rein gauche. L’ensemble de ces lésions, d’après la même source, a conduit au décès du jeune homme.

Si ces constatations confirment l’existence de chocs violents subis par l’étudiant, elles ne permettent toutefois pas de déterminer avec certitude leur origine. « Des coups ? Une chute ? Ces hypothèses restent ouvertes », indique la source ayant assisté à l’autopsie, soulignant que les causes précises des traumatismes demeurent, à ce stade, indéterminées.

La famille toujours sans rapport officiel d’autopsie

Les lésions mentionnées concordent avec celles figurant sur un certificat médical de cause de décès transmis à RFI, document portant le cachet du médecin légiste ayant procédé à l’autopsie. Toutefois, du côté de la famille d’Abdoulaye Ba, l’incertitude demeure entière. Les proches du défunt affirment n’avoir reçu, jusqu’à présent, aucun rapport officiel détaillant les conclusions de l’examen médico-légal.

Face à ce silence, la famille réclame des explications. Jeudi 12 février, dans une brève déclaration à la presse, le porte-parole de la famille, Mamadou Dioulde Ba, oncle de la victime, a exhorté « les autorités judiciaires à éclairer la famille sur les circonstances du décès d’Abdoulaye Ba ». Un appel qui illustre l’attente de vérité des proches et la persistance des zones d’ombre autour de cette mort survenue dans un contexte d’intervention policière au cœur du campus universitaire de Dakar.

Retour sur une journée de violences et ses prolongements


Le lundi 9 février 2026, des mouvements de protestation d’étudiants liés aux retards de paiement des bourses ont éclaté sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, principal pôle universitaire du pays. Dans un contexte économique tendu, ces revendications, déjà récurrentes les mois précédents, ont rapidement dégénéré en affrontements entre des groupes d’étudiants et les forces de sécurité. Initialement cantonnés à l’enceinte universitaire, les heurts se sont étendus à plusieurs artères voisines, notamment l’avenue Cheikh Anta Diop et la corniche ouest, entraînant d’importantes perturbations de la circulation dans différents quartiers de Dakar.

Dans la soirée, des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux ont donné un aperçu de la violence des scènes sur le campus. On y voit des éléments des forces de l’ordre pénétrer dans les pavillons et faire usage de gaz lacrymogènes, tandis que des étudiants, retranchés dans certains bâtiments ou dispersés, répliquent par des jets de pierres. Ces images ont contribué à choquer une partie de l’opinion publique et à raviver le débat sur l’usage de la force dans l’enceinte des universités, perçues par beaucoup comme des espaces devant rester protégés des opérations de maintien de l’ordre.

En fin d’après-midi, aux environs de 18 heures, l’étudiant en médecine Abdoulaye Ba est décédé. Les autorités ont confirmé le décès sans fournir, dans l’immédiat, de précisions sur les circonstances exactes. Dans un communiqué relayé par l’Agence de presse sénégalaise, la porte-parole du gouvernement, Marie-Rose Khady Fatou Faye, a indiqué que « des évènements graves survenus le lundi 9 février 2026 à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar ont conduit au décès de l’étudiant Abdoulaye Ba, inscrit en deuxième année de licence en médecine ». L’absence de détails officiels sur les conditions du drame, notamment sur le rôle précis joué par les forces de sécurité, a nourri de nombreuses interrogations.

Dans les heures et les jours qui ont suivi, des organisations étudiantes et des responsables associatifs ont mis en cause l’intervention des forces de l’ordre, évoquant des violences subies par la victime, y compris à l’intérieur de sa chambre universitaire, des accusations qui n’ont pas été confirmées officiellement. Face à l’émotion provoquée par le décès, le gouvernement a présenté ses condoléances, appelé à la retenue et au sens des responsabilités, promis de faire toute la lumière sur les circonstances du drame et annoncé la fermeture temporaire de la cité universitaire dès le lendemain, en attendant que la situation se stabilise.