Le projet de loi a été approuvé à une très large majorité par l’Assemblée nationale, avec 135 voix favorables, aucune opposition et trois abstentions. Ce vote marque l’aboutissement d’une initiative portée par le pouvoir en place depuis 2024, dirigé par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, qui avaient promis durant leur campagne électorale de revoir la législation sur cette question.

Des peines doublées et des sanctions élargies

La réforme modifie un dispositif juridique déjà ancien. Jusqu’à présent, le code pénal sénégalais prévoyait des peines allant d’un à cinq ans de prison et des amendes pouvant atteindre 1,5 million de francs CFA pour les « actes contre nature », une disposition introduite dans la législation dans les années 1960.

La nouvelle loi renforce considérablement cet arsenal. Désormais, toute personne reconnue coupable d’un acte qualifié de « contre nature » encourt une peine pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement, accompagnée d’une amende maximale de 10 millions de francs CFA. Le texte prévoit en outre que les juges ne pourront ni accorder de sursis ni réduire la peine en dessous du seuil minimal prévu par la loi.

Le législateur a également choisi de préciser la définition de ces actes. La réforme indique que cette qualification concerne notamment les relations sexuelles entre personnes du même sexe, mais aussi d’autres pratiques telles que la bisexualité, la « transsexualité », la zoophilie ou la nécrophilie.

Promotion et financement désormais pénalisés

Outre la répression des relations homosexuelles, la loi introduit deux nouvelles infractions. L’« apologie » de l’homosexualité ainsi que son financement ou son soutien sont désormais passibles de poursuites pénales. Les personnes reconnues coupables de tels actes risquent des peines de trois à sept ans d’emprisonnement.

Pour les partisans du texte, cette réforme vise à corriger les lacunes de la législation précédente, jugée trop vague et insuffisamment dissuasive. Le député du parti au pouvoir PASTEF, Ismaël Wone, a ainsi affirmé que cette modification répondait aux attentes de la population.


« Le peuple depuis deux ans nous met la pression pour nous dire : vous nous aviez promis de revenir sur cette loi sur l’homosexualité. Il fallait le faire », a-t-il déclaré, estimant que l’homosexualité est « à l’encontre de nos modèles et de nos normes de conduite ».

Une opposition critique sur les priorités

Si aucune voix parlementaire ne s’est élevée pour réclamer la dépénalisation de l’homosexualité, certains élus ont toutefois critiqué l’opportunité politique de ce débat. Le député indépendant Thierno Alassane Sall a estimé que cette réforme détourne l’attention de difficultés plus urgentes.

Selon lui, dans un contexte économique et social tendu, l’initiative législative permet surtout « de mobiliser l’opinion sur un débat de société qui ne règle pas les problèmes, la crise profonde et les inquiétudes qui taraudent les Sénégalais ».

La loi a néanmoins été adoptée sans difficulté par une Assemblée nationale dominée par la majorité présidentielle, le parti Pastef disposant de 109 sièges sur les 165 que compte le Parlement.

Manifestations et arrestations avant le vote

Les semaines précédant l’adoption du texte ont été marquées par une forte mobilisation dans la capitale sénégalaise. Plusieurs rassemblements ont été organisés à Dakar par des partisans de la réforme, durant lesquels des manifestants ont scandé des slogans hostiles à l’homosexualité et brandi des pancartes aux couleurs arc-en-ciel barrées.

Dans le même temps, des organisations de défense des droits humains ont signalé une augmentation des arrestations liées à des accusations d’« actes contre nature ». Selon la Fédération internationale pour les droits de l'homme, 27 hommes ont été interpellés entre le 9 et le 24 février pour des faits présumés de ce type, parfois accompagnés d’accusations de « transmission volontaire » du VIH, un crime passible de dix ans de prison.

Une tendance régionale au durcissement

La réforme sénégalaise s’inscrit dans un mouvement plus large observé dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Ces dernières années, plusieurs États ont adopté ou envisagé des lois renforçant la répression des relations entre personnes de même sexe.

Au Burkina Faso, une loi adoptée en 2025 a criminalisé pour la première fois les relations homosexuelles, avec des peines pouvant atteindre cinq ans de prison. Au Ghana, les parlementaires examinent également un projet de loi qui prévoit d’augmenter les sanctions pénales pour les actes homosexuels et d’incriminer la promotion des activités LGBTQ+.

Au Sénégal, les organisations de défense des droits humains redoutent que la nouvelle législation n’alimente un climat encore plus hostile à l’égard des personnes LGBT dans le pays.