Les ennuis judiciaires du prélat ont pris une tournure spectaculaire début mars 2026. Le 5 mars, il a été interpellé par les autorités alors qu’il se trouvait à San Diego International Airport, prêt à embarquer pour l’Allemagne. Les procureurs soupçonnent l’évêque d’avoir détourné d’importantes sommes appartenant à sa paroisse. Lors d’une audience devant le tribunal, Emanuel Shaleta a plaidé non coupable face à une série d’accusations particulièrement lourdes : huit chefs de détournement de fonds, huit chefs de blanchiment d’argent ainsi qu’un chef d’accusation aggravé lié à la criminalité financière.

Pour le procureur Joël Madero, le risque de fuite est réel. Selon lui, l’évêque disposait encore de plus de 9 000 dollars, soit près de 50 millions de francs Cfa en liquide au moment de son arrestation et possédait des attaches à l’étranger. « Lorsqu’il a été arrêté vendredi dernier, c’était à l’aéroport international de San Diego et il était en route pour l’Allemagne », a-t-il rappelé après l’audience, estimant qu’une caution accompagnée d’un bracelet électronique serait justifiée.

Des loyers encaissés en espèces

L’enquête des autorités s’est notamment concentrée sur la gestion de la salle paroissiale de l’église. Pendant environ huit mois, les loyers liés à la location de cet espace auraient été versés directement en espèces à l’évêque.

Les soupçons portent sur un mécanisme particulier : les paiements auraient ensuite été compensés à partir d’un autre compte appartenant à l’Église, normalement destiné à aider les personnes défavorisées à payer leur logement.

Les procureurs affirment que les loyers mensuels dépassent 30 000 dollars soit 16,5 millions de francs Cfa. Dans cette gestion de fonds, 272 000 dollars, soit environ 150,4 millions de francs Cfa restent aujourd’hui sans justification claire. Selon le procureur Joël Madero, « cet argent a tout simplement disparu ». L’évêque, lui, assure que ces fonds ont été distribués à des personnes dans le besoin.

Une enquête journalistique embarrassante

L’affaire a pris une dimension encore plus délicate après la publication d’une enquête du média catholique The Pillar. Le site affirme que Emanuel Shaleta aurait effectué plusieurs visites dans des établissements de prostitution situés à Tijuana, au Mexique.

Ces déplacements auraient notamment conduit l’évêque dans le quartier de Zona Norte, une zone régulièrement surveillée par les autorités pour des activités liées à la traite d’êtres humains. L’enquête évoque en particulier des visites au Hong Kong Gentlemen’s Club, un établissement bien connu de ce secteur.

Un détective privé engagé dans l’affaire affirme que le religieux utilisait une navette réservée aux clients de l’établissement pour s’y rendre.

Des soupçons financiers plus larges

Les révélations du média reposerait également sur des documents internes de l’Église indiquant que plus de 420 000 dollars auraient été détournés. Selon certaines estimations évoquées dans l’enquête, le montant total pourrait même approcher le million de dollars.

Le rapport transmis aux autorités religieuses mentionne aussi l’existence d’un compte bancaire personnel partagé avec une femme ayant travaillé auparavant comme secrétaire paroissiale dans l’État du Michigan. Ce compte contiendrait plus de 40 000 dollars, soit 22,1 millions de Francs Cfa.

Le détective privé affirme par ailleurs que l’évêque passait régulièrement du temps au domicile de cette femme. Selon les mêmes sources, lorsque Emanuel Shaleta a été affecté successivement à Toronto, au Canada, puis à San Diego, elle et ses enfants l’auraient suivi.

L’évêque clame son innocence

Face aux accusations, le prélat a pris la parole devant ses fidèles lors d’une messe récente pour défendre son intégrité.

« Je n’ai jamais, durant toute ma vie épiscopale, utilisé un seul centime de l’argent de l’Église », a-t-il déclaré. « Au contraire, j’ai fait de mon mieux pour préserver et gérer les dons ».

Il a également appelé les membres de sa communauté à lui accorder leur confiance : « Vous êtes les seuls à pouvoir me croire et défendre mon intégrité dans les affaires financières de l’Église et dans ma vie. »

Le Vatican accepte sa démission

Alors que l’enquête judiciaire se poursuit, le Vatican a officiellement accepté la lettre de démission que Emanuel Shaleta avait soumise en janvier, selon la United States Conference of Catholic Bishops.

L’ancien évêque doit désormais comparaître à nouveau devant la justice le mois d’avril. S’il est reconnu coupable des charges retenues contre lui, il encourt jusqu’à quinze années de prison. Ni son avocat ni le bureau du procureur n’ont, pour l’instant, répondu aux sollicitations de la presse concernant les développements de cette affaire qui ébranle la communauté chaldéenne de San Diego.