Un échange décisif avec le chef de l’État, Patrice Talon, a permis au Collectif de revenir à de meilleurs sentiments. Selon le communiqué, cette rencontre, qui a duré « plus de trois (3) heures et trente (30) minutes de pourparlers ininterrompus », a offert l’occasion aux représentants des médecins en formation d’exposer leurs préoccupations au plus haut niveau de l’État. Le Collectif souligne que le Président de la République « a prêté une oreille attentive à l’exposé de nos préoccupations et craintes », marquant ainsi une reconnaissance officielle de la légitimité de leur démarche.

Vers un statut juridique protecteur

Parmi les avancées majeures issues de cette rencontre figure la mise en chantier d’un cadre légal spécifique pour les médecins en formation. Le communiqué indique que le chef de l’État « a formellement reconnu la légitimité de notre démarche » et a reçu un mémorandum détaillant les difficultés rencontrées par le personnel médical en formation.

Il a également été acté « la constitution immédiate d’une Commission ad’hoc », chargée de « procéder à la fusion des propositions et à la rédaction définitive de notre cadre légal ainsi que des nouvelles conventions hospitalières ». Cette initiative vise une mise en œuvre « dans les plus brefs délais ».

Le cas sensible des médecins condamnés

La situation de trois médecins condamnés en première instance reste un point de crispation. Sur ce dossier, le Collectif rapporte que le président a réaffirmé son attachement à « la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice ».

L’Exécutif, « s’interdisant toute immixtion dans les procédures judiciaires pendantes », invite les médecins concernés à s’en remettre aux voies de recours. Le Collectif affirme toutefois rester « confiant dans l’œuvre de la justice » et dans l’examen du dossier par la Cour d’appel de Cotonou.

Suspension du mouvement et reprise des activités

Au regard des engagements obtenus, les médecins en formation ont décidé de mettre fin à leur mouvement de retrait. Le communiqué précise que, « mus par notre serment déontologique et conscients de l’impérieuse nécessité d’assurer la continuité du service public hospitalier », ils ont prononcé « la levée du mouvement de suspension ». La reprise des activités est effective « pour compter des mardi 17 et mercredi 18 mars 2026 », incluant les stages hospitaliers, les gardes et la formation clinique.

Toutefois, cette reprise s’accompagne de mesures conservatoires strictes destinées à protéger les praticiens en formation. Le Collectif insiste sur une « observation rigoureuse des conditions cumulatives » : aucune décision médicale ou thérapeutique ne devra être prise sans l’aval préalable d’un praticien senior ; les actes opératoires demeurent interdits sans supervision physique et continue ; les prescriptions devront comporter la mention manuscrite « p.o. [Nom du senior d’astreinte] » ainsi que sa signature ; enfin, les actes cliniques devront être imputés aux seuls praticiens seniors les ayant effectivement supervisés. Le Collectif appelle ainsi à une discipline rigoureuse, exhortant ses membres à « l’observance scrupuleuse de ces directives ».


Une reprise sans renoncement aux revendications

Malgré l’apaisement, le ton reste combatif. Les médecins en formation affirment rester mobilisés pour obtenir des réformes durables. « La sécurisation définitive de notre profession est en marche », assure le communiqué. Le Collectif conclut en appelant à l’unité pour « achever l’œuvre entamée pour la réforme du système sanitaire au Bénin », laissant entendre que cette sortie de crise ne constitue qu’une étape dans un processus plus large de transformation du secteur.

La rencontre faut-il le rappeler intervient après la décision des étudiants en médecine de suspendre les activités de stage hospitalier. Ces apprenants, avaient pris cette décision pour, disent-ils, témoigner dans un premier temps leur solidarité à leurs aînés condamnés par le tribunal de Porto-Novo dans un dossier d'homicide involontaire. Dans le communiqué, l'association a également formulé des doléances à l'endroit de l'État. Entre autres doléances, elle souhaite avoir des textes définissant clairement leurs prérogatives et les sanctions encourues en cas de faute professionnelle.