Vingt jeunes filles mères de la commune de Zè ont endossé le rôle de magistrates, d'avocates et de témoins pour un procès pas comme les autres. Leur mission est de juger trois normes sociales discriminatoires qui entravent l'épanouissement des filles dans leur communauté.

Cette mise en scène participative, animée en langue locale, visait à déconstruire des règles sociales injustes à travers un format original et engageant. Le public, composé de leaders religieux, d'opinion et communautaires, a été invité à se prononcer sur la culpabilité des normes accusées.

L'initiative s'inscrivait dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes (JIF) 2026, célébrée autour du thème « Droits, justice et action pour toutes les filles et les femmes ». L'objectif poursuivi par Jeunes Volontaires pour la Santé et ses partenaires était de favoriser l'émergence de règles sociales plus justes et inclusives en faveur des filles.

Le choix du format « procès » visait à sortir des sentiers battus de la sensibilisation classique pour impliquer activement la communauté dans une réflexion collective sur ses propres pratiques.

Trois normes sociales discriminatoires reconnues coupables par l'assemblée

Trois normes sociales discriminatoires ont été traduites devant ce tribunal symbolique. La première, la norme de la dépendance décisionnelle, a été accusée de porter atteinte au droit à l'autonomie des filles. La deuxième, la norme de la valeur sociale, a été jugée pour violation du droit à la reconnaissance des filles.

La troisième, la norme de la responsabilité orpheline, a été poursuivie pour avoir compromis le droit à l'éducation et au soutien des filles. À l'issue des échanges et des délibérations, ces trois normes ont été reconnues coupables par l'assemblée.

Vingt jeunes filles mères formées et encadrées pour porter la parole

La préparation de ce procès symbolique a mobilisé les participantes pendant plusieurs jours. Les vingt jeunes filles mères identifiées dans la communauté ont bénéficié d'un accompagnement complet. Elles ont d'abord suivi des sessions de renforcement de capacités sur les Violences Basées sur le Genre (VBG), les droits des femmes et la prise de parole en public.

Ensuite, elles ont répété pendant trois jours avec l'appui d'un metteur en scène professionnel. Cette préparation leur a permis de maîtriser leur rôle et de délivrer une prestation convaincante devant l'assemblée.

La journée du procès s'est déroulée selon un programme structuré. Elle a débuté par une présentation du contexte de l'activité par les organisateurs. La représentante de la Direction Départementale des Affaires Sociales a ensuite prononcé le mot d'ouverture officiel.

Le procès fictif proprement dit a occupé le cœur de la matinée, avec la comparution successive des trois normes accusées. L'après-midi a été consacré à la présentation des messages clés issus du procès et à un échange interactif avec le public présent.

Les autorités traditionnelles et administratives saluent l'initiative

Madame ETCHIHA Bernice, représentante de la Direction Départementale des Affaires Sociales de l'Atlantique, a profité de cette tribune pour lancer un appel aux parents et aux membres de la communauté. Elle les a invités à repenser l'éducation des filles en favorisant leur autonomie et leur maintien à l'école.

Selon elle, cette approche permettrait de prévenir notamment les grossesses non désirées qui compromettent trop souvent l'avenir des jeunes filles. Son message s'inscrivait dans la continuité des conclusions du procès symbolique.

Le Roi de Zè, DADA SODABI LAMANONTE SEDJEHOUEGOUDO, a tenu à exprimer sa satisfaction à l'issue de la cérémonie. « Je suis très content de ce que je viens de voir. Ce procès fictif, différent des diverses formes de sensibilisation classiques que nous avons l'habitude de voir, va permettre d'éduquer nos enfants, nos filles et leur rappeler que le pouvoir et le savoir-faire qu'a l'homme, elles l'ont également », a-t-il déclaré.

Cette initiative de Jeunes Volontaires pour la Santé s'inscrit dans une série d'actions visant à promouvoir les droits des filles et des femmes au Bénin.