Le ministre béninois de la Santé, Benjamin Hounkpatin, a donné le ton dès l’ouverture des travaux de l’atelier régional des parlementaires de la CEDEAO. Il a notamment mis en avant le caractère stratégique de la santé pour le développement. « La santé n’est pas une dépense sociale parmi d’autres, elle est le fondement même du développement durable, de la stabilité sociale et de la prospérité économique », a-t-il affirmé, rappelant la célèbre formule de Nelson Mandela selon laquelle « la santé ne doit pas être un privilège, mais un droit fondamental ».

Une dépendance extérieure jugée préoccupante

Les systèmes de santé ouest-africains demeurent encore largement tributaires des financements extérieurs, a souligné sans détour le ministre béninois de la Santé, Benjamin Hounkpatin, lors de son intervention. Une situation qu’il juge particulièrement fragile, à la lumière des crises récentes. « La souveraineté sanitaire commence par la souveraineté financière », a insisté le Professeur Hounkpatin, évoquant notamment les répercussions de la pandémie de COVID-19, les chocs économiques mondiaux et les tensions géopolitiques.

Face à des défis persistants tels que : croissance démographique soutenue, transition épidémiologique ou encore vulnérabilité accrue aux urgences sanitaires, le ministre a également mis en garde contre le poids élevé des dépenses de santé supportées directement par les ménages. « Lorsque la maladie devient une cause d’appauvrissement, c’est le contrat social lui-même qui est fragilisé », a-t-il alerté.

Les parlementaires au cœur des réformes

S’adressant aux députés de la sous-région, le ministre béninois a insisté sur leur rôle déterminant. « La mobilisation des ressources domestiques pour la santé n’est pas seulement une question technique ; elle est profondément politique et stratégique », a-t-il déclaré.

Selon lui, les parlementaires doivent « légiférer en faveur de mécanismes de financement durables, orienter les politiques fiscales, garantir la transparence dans l’utilisation des fonds et assurer le suivi des engagements régionaux ». Il a également salué l’engagement du gouvernement béninois et l’accompagnement des élus dans le renforcement des ressources allouées au secteur.

Explorer des solutions innovantes

Dans un contexte de contraction des financements extérieurs, Benjamin Hounkpatin a appelé à diversifier les sources de financement. Il a évoqué plusieurs pistes, notamment « la fiscalité ciblée à impact sanitaire, les mécanismes de performance, les partenariats responsables, la digitalisation des systèmes de collecte ou encore les instruments régionaux de mutualisation ».

Toutefois, il a tenu à rappeler que « l’innovation ne vaut que si elle produit des résultats mesurables », soulignant que chaque ressource mobilisée doit se traduire concrètement par « un service amélioré, un accès élargi ou une vie sauvée ».

Un appel à l’action du directeur de l’OOAS

Prenant la parole à son tour, le directeur général de l’OOAS, Melchior Athanase Aïssi, a abondé dans le même sens. « La dépendance aux financements extérieurs rend nos systèmes fragiles et met nos populations en danger », a-t-il averti, évoquant les risques d’interruption des services de santé et de ralentissement des progrès dans la région.

Pour lui, il ne s’agit plus de débattre de l’urgence, mais d’agir. « Sans l’engagement des parlementaires, il n’y aura ni financement sûr ni progrès durable », a-t-il martelé, appelant les élus à voter des budgets conséquents, à contrôler l’utilisation des fonds publics et à soutenir les réformes nécessaires.

Des exemples concrets et des pistes d’action

Le Dr Aïssi a illustré ses propos par des exemples concrets, notamment celui de l’allaitement maternel exclusif, encore freiné dans plusieurs pays par des congés maternité insuffisants. Il a salué les avancées enregistrées dans certains États comme la Côte d’Ivoire et la Gambie, tout en appelant les autres à s’aligner sur les normes internationales.

Il a également évoqué les taxes sur le tabac et l’alcool comme des leviers potentiels de financement, regrettant que ces ressources ne soient pas toujours affectées directement au secteur de la santé. « Il faut créer des mécanismes pour que ces fonds servent effectivement à améliorer les services de santé », a-t-il recommandé.

Vers un tournant décisif ?

Malgré les défis, des initiatives encourageantes existent, notamment au Niger, où des efforts sont faits pour financer la santé à partir de ressources nationales. Pour les intervenants, ces exemples montrent qu’une transition vers une plus grande autonomie financière est possible.

Le ministre Benjamin Hounkpatin a lancé un appel collectif à l’action : « La question n’est plus de savoir si nous pouvons financer la santé. La vraie question est : pouvons-nous nous permettre de ne pas la financer ? ».

Il a exprimé le vœu que cette rencontre marque « un tournant décisif » pour faire du financement durable de la santé une priorité budgétaire en Afrique de l’Ouest, en vue de garantir une couverture sanitaire universelle accessible à tous.