Le diagnostic posé par l’ancien président du Conseil national du patronat de la presse et de l’audiovisuel (CNPA) est préoccupant. « Il y a beaucoup de fatigabilité et beaucoup de dormitisme au niveau de ces structures-là, à telle enseigne qu’on se demande ce qui se passe », déplore-t-il. Face à cette inertie, Basile Tchibozo appelle à un réveil sans délai, une interpellation directe adressée aux organisations faîtières, invitées à reprendre pleinement leur rôle de défense et de structuration de la profession.

Entre réforme de la gouvernance et clarification des responsabilités

Au cœur des réformes envisagées, la question de la gouvernance de la Maison des médias occupe une place centrale. « L’une des choses à faire, c’est d'abord de donner un cadre. Il faut à cette maison-là mettre une administration », insiste-t-il.

Pour lui, il est impératif de rompre avec les anciens modes de gestion. « Loin de l'administration d'avant, il faut un nouveau système qui amène des ressources », explique-t-il, plaidant pour un modèle plus autonome et efficace. La structure, placée sous l’autorité du CNPA et de l’UPMB via une assemblée spéciale, doit, selon lui, retrouver toute sa capacité d’action.

Dans son analyse, Basile Tchibozo insiste sur une confusion persistante des rôles entre institutions et organisations professionnelles. « La HAAC ne peut pas jouer le rôle du syndicat », tranche-t-il, avant de préciser que les syndicats doivent être plus dynamiques. Il appelle ainsi à une refondation en profondeur des faîtières : « Il est question de faire une refondation au niveau de toutes nos structures », affirme-t-il, estimant que la relance du secteur dépendra de leur capacité à redevenir des acteurs crédibles et combatifs.

Améliorer les conditions de vie des journalistes

Au-delà des questions structurelles, le conseiller de la HAAC projette une ambition claire pour les années à venir. « Pour les 7 ans à venir, nous souhaitons que la presse décolle véritablement », indique-t-il. Son plaidoyer est centré sur l’humain : « Que le professionnel des médias soit fier d'exercer le métier, que les conditions salariales et sociales soient améliorées ».

Il évoque également des droits essentiels encore fragiles : congés, congé de maternité, retraite. Pour atteindre ces objectifs, il insiste sur la nécessité d’un mécanisme de financement : « Quand on a le fonds, on peut essayer de déployer les projets, mais sans ça, ce n'est pas véritablement possible ».

Le défi du numérique au cœur d’une renaissance annoncée

Basile Tchibozo n’élude pas les défis contemporains, notamment l’irruption de l’intelligence artificielle dans le champ médiatique. « Sans oublier la technologie, l'intelligence artificielle qui doit entrer dans le jeu », souligne-t-il, appelant à une adaptation du secteur.

Mais il met également en garde contre les confusions grandissantes entre journalisme et activisme. « Quand on est journaliste, c'est le code de l’information, mais quand on est webactiviste, c'est le code numérique », rappelle-t-il. Et d’avertir : « Le journaliste qui bascule n'est plus journaliste, il est activiste, on le traite comme tel ».

Dans cette perspective, il plaide pour une relecture des textes encadrant la profession : « Il faut faire la relecture du code de l’information et de la communication, parce qu'il y a beaucoup d'amalgames ».

Malgré ce tableau critique, l’ancien responsable du CNPA affiche une certaine confiance en l’avenir. Il évoque un travail de fond mené avec plusieurs figures du secteur, notamment Edouard Loko, François Awoudo et Michel Tchanou. « Nous ne manquons pas de travailler pour que vraiment la renaissance ait lieu et nous avons la certitude que ça aura lieu », assure-t-il.