La Plateforme électorale des OSC, coordonnée par WANEP-Bénin, a déployé un dispositif d’observation d’envergure. Au total, 1.771 observateurs, dont 1.200 statiques et 571 itinérants, ont été mobilisés pour suivre le déroulement du vote dans 1.200 postes de vote et 571 arrondissements et zones, à travers une Salle de Situation Électorale (SSE).
À 10 heures, soit trois heures après le début officiel du scrutin, les premières données analysées dressent un tableau contrasté. « La majorité des opérations se déroulent dans le respect des normes, mais des manquements graves à la réglementation électorale ont été signalés », indique la Plateforme.
Des ouvertures anticipées en violation du code électoral
Selon les observations recueillies dans 1.114 postes de vote, 74,5 % ont effectivement démarré à l’heure légale de 7h, conformément à l’article 62 du code électoral. Toutefois, plusieurs cas d’ouvertures anticipées ont été enregistrés, certains dès 6h20, en violation flagrante des dispositions en vigueur.
À titre illustratif, au poste de vote de Lac Agbodjedo à Cotonou, l’urne était déjà remplie à 6h20 ; à Tenonrou (Tchaourou), elle l’était à 6h45 ; à Hèdoun (Avrankou), le premier vote est intervenu à 6h50. Plus préoccupant encore, à Agblangandan (Sèmè-Kpodji), des urnes étaient remplies avant 6h30, avec plus de 120 bulletins déjà introduits, sans trace des votants dans les registres.
« Certains postes de vote ont ouvert avant l’heure légale et des urnes ont été remplies avant le démarrage officiel du scrutin », souligne la Plateforme électorale des OSC, qui dénonce des pratiques constitutives d’infractions graves.
Elle précise également que « certains membres de postes de vote ont tenté de masquer ces irrégularités en indiquant fictivement 7h comme heure de démarrage ». À l’opposé, des retards notables ont aussi été relevés, notamment à Banikoara (Alibori) où le vote n’a débuté qu’à 9h29, ou encore à Nikki.
Fraudes présumées et multiples irrégularités : plus d’une centaine d’alertes enregistrées
Au-delà des ouvertures anticipées, les observateurs ont signalé des faits particulièrement préoccupants assimilables à des tentatives de fraude électorale.
Des cas de bourrage d’urnes ont été documentés, notamment dans des postes de vote à Tori-Bossito et Allada, où des bulletins ont été introduits dans les urnes avant même le début officiel du scrutin. « Des situations de bourrage d’urnes ont été relevées dans certains postes de vote », rapporte la Plateforme.
Plus grave encore, plusieurs situations de vote multiple par une seule personne ont été observées dans différentes localités, notamment à Toviklin, Athiémé, Aguégués et Bopa. « Des cas de vote multiple ont également été signalés, portant atteinte au principe d’égalité des suffrages », déplore la Plateforme.
Au total, 109 alertes ont été remontées à la SSE au cours de la matinée. Elles concernent principalement des ouvertures avant l’heure légale, des tentatives de dissimulation d’irrégularités, des cas de bourrage d’urnes et des votes multiples.
Un déroulement globalement maîtrisé, accompagné d’appels à la vigilance
En dépit de ces irrégularités, les données globales restent encourageantes. « Les trois membres des postes de vote étaient présents dans 98,38 % des cas et les procédures d’identification ont été respectées dans 98,85 % des postes observés », souligne la Plateforme.
Le matériel électoral était disponible et fonctionnel dans 99,11 % des postes de vote. Par ailleurs, « les forces de défense et de sécurité sont présentes dans la quasi-totalité des centres et assurent le maintien de l’ordre sans influencer le vote ».
Face à ces constats, la Plateforme électorale des OSC appelle à la responsabilité de tous les acteurs. Elle invite la CENA à « maintenir le bon déroulement des opérations de vote », les parquets compétents à « faire le suivi des infractions commises », et les forces de sécurité à « renforcer la protection des électeurs et des observateurs ».
Elle exhorte également les citoyens à « poursuivre l’accomplissement de leur devoir civique dans la paix », et les médias à « traiter l’information électorale dans le respect du code éthique et de déontologie ».
