Visiblement marquée physiquement et psychologiquement, la victime, une femme d’une trentaine d’années, a livré un témoignage glaçant sur les sévices subis. « C’est un papa qui a proposé qu’on ne doit pas me laisser partir. De lui donner une corde pour qu’il m’attache. C’est ainsi qu’on m’a attachée autour d’un bois. Les deux pieds et deux mains liées en allumant le feu sous moi », a-t-elle raconté, la voix encore chargée d’émotion.
Elle poursuit en décrivant des actes d’une extrême cruauté : « Ils m’ont mis du piment dans le sexe. Les habits que j’ai portés, ils ont mis du couteau dedans pour déchirer en me mettant nue. Je sens encore les douleurs aux mains. La corde avec laquelle j’ai été liée, on ne peut pas ligoter un humain avec une telle corde ».
Un état de santé préoccupant
Selon le Dr Cyrille Kpangon, médecin chirurgien au Centre hospitalier universitaire de zone de Suru-Léré à Cotonou, la patiente présente de multiples lésions. « Elle a une inflammation des deux mains avec une difficulté à mobiliser les doigts. Pour pouvoir nouer son pagne, ça n’a pas été facile », a-t-il expliqué.
Le praticien évoque également « des lésions de sévices corporels » consécutives à des coups et blessures volontaires. « On voit très bien au niveau des poignets et des chevilles les traces des liens. À part ça, au niveau du corps, elle a plein de lésions, de plaies, en bonne voie de cicatrisation », a-t-il ajouté, tout en soulignant la nécessité d’un accompagnement psychologique : « Derrière, c’est un choc psychologique et on sent qu’elle a été secouée. »
Même constat du côté du directeur de l’hôpital, le Dr Patrick Tokpanou, qui insiste sur l’état mental de la victime. « Elle est vraiment affectée. À l’écouter, ses propos font un peu de coq à l’âne. Donc elle est affectée sur le plan psychologique », a-t-il confié, annonçant un encadrement spécialisé pour l’aider à « retrouver ses sens ».
Il a par ailleurs rassuré sur la prise en charge : « Dans le cadre de notre convention avec l’INF, la victime n’a aucun souci financier à avoir ».
Une mobilisation institutionnelle saluée
Présente aux côtés de la victime, la secrétaire exécutive de l’Institut National de la Femme, Flore Djinou, a insisté sur les mesures de protection mises en place. « La victime est en sécurité. Il y a même des agents de la police républicaine ici à l’hôpital pour assurer sa sécurité », a-t-elle déclaré.
Elle a lancé un appel ferme à la dénonciation des violences : « Je voudrais nous demander de ne jamais nous taire sur des cas de violence exercée sur les femmes, sur les garçons, sur les filles. Composer le 114, c’est gratuit… N’hésitez pas également à appeler le numéro d’alerte de l’Institut ».
Dans un ton ferme, elle a dénoncé la persistance de telles pratiques : « C’est dommage qu’en 2026 (…) on soit encore à traiter les femmes comme si elles étaient des gigots de mouton qu’il faut briser. (…) Zéro impunité en cas de violence faite aux femmes et aux filles. »
Elle a enfin confirmé que plusieurs auteurs présumés ont été interpellés dès le jeudi 23 avril : « Bon nombre d’entre eux ont déjà été interpellés et la justice va se dire ».
Une famille reconnaissante
Du côté des proches, l’émotion est vive mais laisse place à un sentiment de soulagement face à la réaction rapide des autorités. Prudence, parente de la victime, n’a pas caché sa gratitude : « Je tiens à remercier le chef de l’État, son excellence Patrice Talon, pour les réformes engagées. C’est du jamais vu. »
Elle a également salué l’implication des forces de l’ordre et de l’INF : « Je dois remercier la brigade des mineurs, madame la commissaire, ainsi que la présidente de l’INF et sa secrétaire exécutive qui s’est personnellement déplacée. Je suis très content ».
