Derrière les cortèges de manifestants brandissant drapeaux nationaux et bâtons de fortune, une crispation sociale profonde continue de s’intensifier en Afrique du Sud. Les mobilisations contre les migrants en situation irrégulière se sont progressivement étendues à plusieurs grandes agglomérations du pays, ravivant des tensions déjà anciennes.

Des manifestations coordonnées dans plusieurs grandes villes

À Durban, Johannesburg, Thembisa et Pietermaritzburg, des milliers de personnes ont répondu à l’appel d’un mouvement anti-immigration ayant fixé un ultimatum pour le départ des migrants sans papiers. Si certains rassemblements ont débuté dans un relatif calme, la situation a rapidement basculé dans plusieurs zones.

Des affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre, tandis que des groupes de migrants présumés ont été pris pour cible dans certains quartiers. Des jets de pierres et des actes de pillage ont été signalés, et des tirs sporadiques ont été entendus dans la région de Johannesburg, selon des informations rapportées par les autorités locales et Reuters.

Un bilan humain déjà lourd, selon Reuters

La crise actuelle s’inscrit dans une succession d’épisodes de violences qui ont déjà eu des conséquences dramatiques. Selon Reuters, au moins quatre personnes ont perdu la vie dans les tensions liées aux manifestations et aux violences anti-migrants depuis le début de cette vague de troubles.

Toujours d’après Reuters, ces événements ont également provoqué le déplacement de milliers de ressortissants étrangers, contraints de quitter leurs habitations ou de fuir leurs quartiers face aux menaces, aux destructions et aux pillages.

Dans plusieurs villes, des commerces appartenant à des migrants ont été vandalisés ou pillés, tandis que des familles entières se sont retrouvées sans abri, certaines dormant à la belle étoile après avoir été expulsées par crainte de nouvelles attaques.

Le mouvement “March and March” maintient la pression

À l’origine de cette mobilisation, le mouvement March and March affirme vouloir poursuivre la pression jusqu’à l’expulsion des migrants en situation irrégulière.

Sa dirigeante, Jacinta Ngobese, a déclaré à Reuters : « Pour les six prochains mois, nous demandons que les ressources nationales soient utilisées pour expulser les immigrants illégaux de ce pays. D'un immeuble à l'autre, ils doivent partir. »

Le mouvement annonce déjà des marches hebdomadaires, laissant présager une poursuite des tensions dans les semaines à venir.

Une colère nourrie par la crise sociale

Parmi les manifestants, certains estiment que la présence de migrants accentue la concurrence sur le marché du travail dans un pays déjà confronté à un chômage élevé. C’est le cas de Silindile Xaba, 31 ans, qui a déclaré à Reuters :

« Les gens ne travaillent pas, les emplois sont occupés par des étrangers en situation irrégulière. Ce n'est pas juste. »

Ces perceptions sont toutefois contestées par de nombreux analystes, qui rappellent que l’Afrique du Sud reste marquée par de profondes inégalités structurelles et un chômage massif hérité de l’après-apartheid.

Face à l’ampleur des tensions, les autorités sud-africaines ont renforcé leur dispositif sécuritaire, avec le déploiement de milliers de policiers et la mise en alerte des forces armées.

Selon un responsable policier cité par Reuters, 103 dossiers criminels ont été ouverts depuis mars contre des groupes d’autodéfense impliqués dans des violences visant des étrangers.

Une crise qui fragilise l’image du pays

Au-delà des violences, cette nouvelle vague de tensions ravive les inquiétudes sur la cohésion sociale du pays et ternit son image internationale.

Le président Cyril Ramaphosa, dans une déclaration relayée par Reuters, a reconnu les inquiétudes de la population tout en condamnant fermement les débordements :

« Les profondes inquiétudes des Sud-Africains concernant l'immigration illégale sont réelles et méritent d'être entendues. Mais le droit de manifester n’autorise pas les gens à menacer ou à intimider autrui, ni à se livrer à des actes de vandalisme ou de violence. »