Pendant près de soixante ans, ce récif a dormi dans les archives scientifiques avant de refaire surface grâce aux progrès de l’exploration océanique. Sous les eaux béninoises, un écosystème vivant vient de livrer ses premiers secrets.
La présence d’un récif corallien au large du Bénin est désormais une réalité établie. Les chercheurs ont confirmé qu’une formation corallienne vivante existe bien à plus de 50 mètres sous la surface de l’océan, au large de Cotonou. Cette découverte vient valider une première observation réalisée en 1966 par des scientifiques de l’ORSTOM (Office de la recherche scientifique et technique d’outre-mer), restée sans confirmation pendant plusieurs décennies.
Une ancienne observation remise au goût du jour par la technologie
L’histoire de ce récif remonte aux années 1960, lorsque des chercheurs avaient identifié des indices laissant penser à la présence de coraux dans cette zone maritime. Faute de moyens techniques suffisants pour approfondir les recherches, cette découverte était restée sans suite.
En 2025, des chercheurs béninois ont décidé de reprendre les investigations. Grâce à l’utilisation du sonar et d’un drone sous-marin, l’équipe scientifique a pu explorer cette zone difficilement accessible et obtenir des images inédites du site.
Le drone, envoyé le 24 décembre 2025, a permis d’approcher la formation corallienne et de documenter son état de conservation. Les images recueillies ont révélé un récif encore vivant, abritant des coraux, des poissons et différentes espèces d’algues, confirmant ainsi la richesse biologique de cet espace marin.
Parmi les chercheurs impliqués figure Gérard Zinzindohoué, de l’Institut de recherche océanologique du Bénin, qui a contribué à cette exploration aux côtés de partenaires scientifiques.
Un écosystème marin considéré comme une zone refuge
Pour Zacharie Sohou, directeur de l’Institut de recherche océanologique du Bénin, cette découverte représente une opportunité importante pour mieux protéger les ressources marines du pays.
« Je pense que c'est une zone très importante pour la conservation de la biodiversité et pour conserver nos ressources », explique-t-il.
Selon le scientifique, la présence de cette chaîne de corail pourrait également limiter certaines pratiques de pêche susceptibles d’endommager les fonds marins. « Avec la chaîne de corail, on ne peut pas pêcher. Donc les chaluts ne peuvent pas lancer leurs filets là-bas et détruire ainsi l'environnement. C'est l'engin même qui va se déchirer complètement. C'est une zone de refuge », souligne-t-il.
Au-delà de son intérêt scientifique, ce récif pourrait donc jouer un rôle essentiel dans la protection de plusieurs espèces marines et contribuer à renforcer les connaissances sur les écosystèmes sous-marins béninois.
Une exploration appelée à se poursuivre
Malgré cette avancée majeure, les chercheurs estiment que beaucoup reste encore à découvrir. Des études complémentaires devront permettre de déterminer l’étendue exacte du récif, sa composition biologique et son importance dans l’équilibre écologique de la façade maritime béninoise.
Pour Zacharie Sohou, la poursuite des recherches nécessitera davantage de moyens techniques ainsi qu’une coopération avec des institutions scientifiques internationales.
Après avoir échappé aux regards pendant plus d’un demi-siècle, ce récif corallien apparaît désormais comme un véritable patrimoine naturel sous-marin du Bénin. Sa découverte ouvre une nouvelle page dans la connaissance et la valorisation des richesses marines du pays.
