Le drame a frappé la zone minière de Zamboyé, dans la préfecture de Nana-Mambéré, à proximité de la frontière camerounaise. L’accident s’est produit dans l’après-midi du mardi 18 août, à environ 50 kilomètres de Baboua, alors que de nombreux orpailleurs travaillaient sur ce site artisanal.

Dans les premières heures qui ont suivi l’effondrement, les informations sur le nombre de victimes étaient très divergentes. Des autorités centrafricaines avaient d’abord fait état de 30 corps récupérés, tandis que des sources locales évoquaient une quarantaine de morts. Le lendemain, plusieurs sources ont avancé un bilan dépassant la centaine de victimes. L’Associated Press et l’AFP évoquent désormais plus de 100 morts, tout en soulignant que le nombre exact des victimes n’est pas encore définitivement établi.

Les secours toujours à pied d’œuvre

L’effondrement a enseveli de nombreux travailleurs présents sur le site. Des habitants, des mineurs et des volontaires de la Croix-Rouge locale participent aux opérations de recherche, dans des conditions particulièrement difficiles.

Selon l’Associated Press, les secouristes continuaient encore jeudi à extraire des corps des décombres. Le volontaire de la Croix-Rouge Gervais Ganagoro a indiqué que plusieurs corps étaient encore découverts au fil des heures, tandis que le nombre de personnes éventuellement toujours prisonnières sous les gravats reste inconnu.

Plusieurs rescapés ont été évacués vers l’hôpital de Baboua pour recevoir des soins. Les opérations restent cependant compliquées par le manque d’équipements adaptés et par la nature même du site, où de nouveaux mouvements de terrain peuvent rendre les recherches dangereuses.

Un éboulement lié à l’effondrement de galeries

Les premières informations recueillies auprès des témoins et des autorités locales font état d’un mouvement de terrain ayant entraîné l’effondrement de plusieurs galeries exploitées par les mineurs.

Un responsable local cité par l’AFP expliquait que « le sol s'est complètement écroulé » et que des personnes se trouvaient toujours sous terre après l’effondrement. Le parquet de Baboua a annoncé l’ouverture d’une enquête afin de déterminer les causes précises de l’accident, d’identifier les victimes et d’établir d’éventuelles responsabilités pénales.

Les images diffusées après le drame montrent une importante portion du terrain minier qui s’effondre brutalement, ensevelissant plusieurs personnes présentes sur le site. La mine est exploitée selon des méthodes artisanales, dans une zone où l’activité aurifère s’est fortement développée ces dernières années.

Des victimes camerounaises

Bien que le site de l’accident se trouve en République centrafricaine, sa proximité immédiate avec le Cameroun explique la présence de nombreux travailleurs camerounais parmi les victimes.

Le ministère camerounais chargé des Mines a indiqué que des ressortissants des deux pays figuraient parmi les personnes touchées et a dépêché une équipe afin d’évaluer la situation dans la zone frontalière. Le média public camerounais Cameroon Tribune rapporte pour sa part qu’au moins quatre Camerounais ont perdu la vie dans l'éboulement.

Le bilan par nationalité reste toutefois incomplet. Les autorités n’ont pas encore établi une liste exhaustive des victimes centrafricaines et étrangères.

Un site minier déjà identifié comme problématique

Le drame de Zamboyé intervient dans une région où l’exploitation aurifère artisanale constitue une activité économique importante, mais où les conditions de travail sont souvent extrêmement précaires.

Un rapport du groupe d’experts des Nations unies sur la République centrafricaine avait déjà attiré l’attention, en 2025, sur les activités minières illicites dans la zone de Zamboye, dans la sous-préfecture de Baboua, près de la frontière camerounaise. Le document faisait notamment état de l’implication de groupes armés dans la sécurisation de certains sites miniers et de circuits de commercialisation de l’or passant par le Cameroun.

Selon ce rapport, l’or extrait dans cette zone pouvait notamment transiter par Zamboï, côté camerounais, puis par Garoua-Boulaï, présenté comme un important point de passage pour l’or provenant de République centrafricaine. Les experts de l’ONU avaient également signalé l’utilisation de méthodes d’extraction présentant des risques pour la santé et l’environnement.

Cette situation permet de mieux comprendre pourquoi la frontière entre les deux pays constitue un espace particulièrement sensible pour l’exploitation et la circulation de l’or.

L’exploitation artisanale au cœur des inquiétudes

Les effondrements de mines artisanales ne constituent pas un phénomène nouveau en République centrafricaine. Le pays compte des milliers de personnes travaillant dans l’exploitation minière à petite échelle, souvent avec des moyens rudimentaires et sans dispositifs de protection suffisants.

L’Associated Press souligne que les puits sont fréquemment creusés manuellement et peuvent atteindre plusieurs mètres de profondeur. En l’absence de consolidation appropriée, les mouvements du sol peuvent provoquer des effondrements soudains et ensevelir les travailleurs en quelques secondes.

Le drame de Zamboyé intervient d’ailleurs après plusieurs autres accidents meurtriers dans le secteur minier centrafricain. L’AFP rappelle notamment qu’un autre effondrement avait fait plusieurs dizaines de morts en juin sur un site aurifère de Be-Mbari, également situé à proximité de la frontière camerounaise. Des accidents avaient également été signalés à Ngourroum en mars et à Gordi en février.

Une enquête judiciaire ouverte

Face à l’ampleur de la catastrophe, les autorités judiciaires centrafricaines ont décidé d’ouvrir une enquête. Celle-ci doit permettre de déterminer les circonstances exactes de l’effondrement, d’établir les conditions dans lesquelles le site était exploité et de déterminer si des manquements susceptibles d’engager des responsabilités ont été commis.

Le ministre centrafricain des Mines, Rufin Benam Beltoungou, a présenté ses condoléances aux familles des victimes et appelé les exploitants à prendre davantage en compte les risques liés aux pratiques minières dangereuses.

Pour l’heure, les autorités et les équipes de secours restent concentrées sur une priorité : retrouver les personnes encore portées disparues et identifier les corps récupérés.

Le bilan pourrait encore s’alourdir

Deux jours après l’effondrement, les chances de retrouver des survivants s’amenuisent, alors que les secouristes continuent de travailler dans les décombres. La Croix-Rouge locale n’était pas encore en mesure de déterminer combien de personnes pourraient être toujours ensevelies.

Le chiffre de 107 morts, largement repris par plusieurs médias camerounais, doit donc être présenté avec prudence. Les sources internationales les plus récentes disponibles ce jeudi 20 août parlent de plus de 100 morts, avec un bilan susceptible d’évoluer au fur et à mesure de la récupération des corps.

Au-delà du lourd bilan humain, la catastrophe remet une nouvelle fois en lumière les dangers de l’exploitation aurifère artisanale dans cette partie de l’Afrique centrale et les difficultés des États à contrôler des zones minières souvent éloignées des centres administratifs, traversées par des réseaux commerciaux transfrontaliers et parfois exposées à l’influence de groupes armés.