Une sécheresse mal anticipée peut rapidement se transformer en crise agricole, économique et humanitaire. C’est pour réduire ce risque que le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali et le Togo renforcent leurs capacités communes de surveillance et de gestion des ressources en eau du bassin de la Volta.

Partagé entre ces six États, le bassin est soumis à de fortes pressions environnementales et humaines. L’Analyse diagnostique transfrontalière a notamment relevé des perturbations des flux saisonniers, la déforestation, la dégradation des terres, la baisse de la qualité de l’eau ainsi que la vulnérabilité croissante des écosystèmes.

À ces facteurs s’ajoutent la pression démographique et la dépendance d’une grande partie des populations à l’agriculture et à l’élevage. Dans un espace où les cours d’eau ignorent les frontières nationales, ces défis nécessitent une réponse coordonnée.

C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet REWarD-Volta (Inverser les tendances de la dégradation des écosystèmes et des ressources en eaux dans le bassin de la Volta). Financé par le Fonds pour l’Environnement mondial (FEM) et mis en œuvre avec l’appui du PNUE et de l’UICN, le projet vise notamment à renforcer les capacités des États à préserver les ressources naturelles et à mieux faire face aux effets du changement climatique.

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Deux outils pour mieux anticiper les risques

L’atelier organisé à Cotonou est consacré à l’appropriation de deux instruments développés avec l’appui de PNUE-DHI.

Le premier est l’Outil d’aide à la décision (OAD). Destiné à la planification à long terme, il permet de simuler différents scénarios et d’en mesurer les conséquences sur les ressources en eau. Les données produites peuvent ainsi aider les responsables à apprécier les choix possibles et à orienter les investissements en tenant compte des dimensions hydrologiques, économiques et sociales.

Le second est le Système d’alerte précoce à la sécheresse (SAPS). Contrairement à l’OAD, davantage orienté vers la planification à long terme, cet outil répond à un besoin immédiat : détecter les signes de stress hydrique et permettre aux acteurs concernés d’agir avant que la situation ne dégénère.

Le SAPS a été déployé et testé sur six sites pilotes dans les pays membres de l’ABV. Il doit contribuer à produire des prévisions saisonnières et des bulletins d’alerte susceptibles d’aider à limiter les conséquences des déficits pluviométriques sur les récoltes et l’élevage.

Pour atteindre les populations les plus exposées, notamment les agriculteurs et les éleveurs, le dispositif prévoit également de s’appuyer sur les moyens de communication locaux afin de diffuser les alertes de manière accessible et rapide.

« Les changements climatiques ne sont plus de perspectives lointaines »

À l’ouverture des travaux, le Secrétaire exécutif du GWP-AO, Amadou Lamine Ndiaye, a insisté sur l’urgence de renforcer les capacités d’anticipation dans le bassin. « Les changements climatiques ne sont plus des perspectives lointaines, c’est une réalité tangible qui redessine le régime hydrologique du bassin », a-t-il déclaré.

Il a également relevé les conséquences de ces bouleversements sur les cycles agricoles, la disponibilité de l’eau et la sécurité alimentaire. Pour lui, les États doivent désormais disposer d’instruments fiables pour anticiper les périodes de stress hydrique et éclairer leurs décisions.

Il a réaffirmé l’engagement du GWP-AO à poursuivre son accompagnement aux côtés de l’ABV, des six États membres et des partenaires du projet, notamment le PNUE-DHI, le FEM et l’UICN, afin de renforcer la gestion intégrée des ressources en eau et la résilience climatique des populations.

Transformer les données en décisions utiles

Pour Dibi Millogo, Directeur exécutif adjoint de l’ABV, l’enjeu est de faire en sorte que les informations scientifiques produites par ces outils puissent être directement utilisées sur le terrain. « Une sécheresse ou une inondation qui nous surprend peut être une catastrophe, une crise humanitaire, économique et écologique », a-t-il averti.

Selon lui, l’atelier marque une étape importante dans l’appropriation des outils développés dans le cadre du projet REWarD-Volta. Il insiste particulièrement sur la nécessité de rendre les données accessibles aux acteurs qui doivent prendre des décisions ou adapter leurs activités. « Le système d’alerte précoce doit faire des données scientifiques, des informations facilement exploitables, compréhensibles et utilisables par les autorités locales, les usagers, les agriculteurs, les éleveurs, mais aussi les communautés vulnérables », a-t-il soutenu.

Le Bénin plaide pour un dispositif opérationnel

À l’ouverture officielle de la rencontre, Eleuthère Batia, représentant du Directeur général de l’eau du Bénin, a pour sa part souligné la vulnérabilité croissante des territoires face aux phénomènes climatiques extrêmes. « Les changements climatiques rendent aujourd’hui nos territoires plus vulnérables aux événements extrêmes », a-t-il relevé.

Il a estimé que l’enjeu de l’atelier dépasse la simple présentation ou l’amélioration d’outils techniques. Il s’agit surtout, selon lui, de construire collectivement un mécanisme capable de fonctionner efficacement lorsqu’une situation à risque se présente. L’objectif est ainsi de parvenir à un système « fiable, réactif, accessible et opérationnel », susceptible de contribuer à la protection des populations et des biens.