Depuis la réforme du cadre légal de l’IVG, le Bénin dispose de nouvelles dispositions destinées à encadrer l’accès à ces soins. Mais plusieurs difficultés subsistent dans leur application effective. C’est ce que met en évidence cette étude présentée lors de l’atelier de validation organisé à Cotonou.
PASS-SR, acronyme de « Plaidoyer pour l’Avancée Sociale et l’Accès Sécurisé aux Soins de Santé Reproductive », est un projet porté par l’Association Jeunes Volontaires pour la Santé (JVS). Subventionné par AmplifyChange et bénéficiant d’un appui technique du Centre ODAS, il vise à mobiliser différents acteurs autour des droits sexuels et reproductifs et de l’accès aux soins de santé reproductive. Dans le cadre de cette étude, ARAYAA Santé et Medical Students for Choice (MSFC), chapitre de Cotonou, assurent la mise en œuvre de l’activité. Les résultats de cette étude sont appelés à servir de phare pour orienter les autres activités du projet.
Elle intervient après l’adoption de la loi n°2021-12 du 20 décembre 2021, modifiant et complétant la loi n°2003-04 relative à la santé sexuelle et à la reproduction, ainsi que du décret n°2023-151 du 19 avril 2023 fixant les conditions d’interruption volontaire de grossesse.
Selon la chargée de programmes ARAYAA Santé, l’enjeu est de mesurer « l’effectivité » de la réforme. « Nous avons un cadre juridique renforcé », a-t-elle expliqué, tout en soulignant la nécessité de comprendre ce qui se passe concrètement « entre le texte et la réalité des soins ».
Une réforme confrontée à plusieurs obstacles
L’étude ne s’est pas limitée à l’analyse des textes. Les chercheurs ont examiné leur mise en œuvre dans les formations sanitaires, les pratiques des prestataires et le parcours des femmes sollicitant des soins d’IVG.
Le consultant en charge de l’étude, présente le travail comme « une cartographie de ce qui se fait sur le terrain ». Les chercheurs ont notamment analysé les connaissances, attitudes et pratiques des prestataires, ainsi que les difficultés rencontrées par les femmes tout au long de leur parcours.
Parmi les obstacles identifiés figure l’objection de conscience. Selon le consultant, le mécanisme de référencement des femmes vers un autre prestataire doit être mieux organisé et suivi. Il recommande notamment la mise en place d’outils permettant de retracer le parcours d’une patiente lorsqu’un professionnel refuse de pratiquer des soins d’IVG pour des raisons de conscience.
L’étude préconise également de renforcer les actions de clarification des valeurs et de transformation des attitudes auprès des professionnels, notamment les sages-femmes et les paramédicaux, ainsi que les formations spécifiques sur l’IVG.
Le coût des soins, une barrière importante
La question financière constitue également un frein majeur. « La plus grosse barrière pour l’accès aux soins des femmes, c’est l’argent », affirme le consultant.
Selon le consultant, les coûts ne sont pas harmonisés sur l’ensemble du territoire. L’étude recommande donc une uniformisation des tarifs des services d’avortement sécurisé afin de limiter les inégalités d’accès, particulièrement pour les femmes disposant de faibles ressources.
Les chercheurs soulèvent également la question du délai légal de douze semaines. Ils estiment que cette limite peut constituer un obstacle pour certaines femmes et appelle à une réflexion sur son évolution, en référence aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Quatre priorités pour améliorer l’accès aux soins
Les résultats de l’étude ont permis de dégager quatre principales priorités. La première porte sur les perceptions, attitudes et discours sociaux autour de l’IVG, avec l’objectif de réduire les discours négatifs à travers une communication stratégique et inclusive.
La deuxième concerne la mise à jour des directives nationales relatives à l’avortement sécurisé, conformément aux recommandations de l’OMS de 2022, avec une échéance fixée à août 2028.
La troisième vise à clarifier les obligations des prestataires en matière d’objection de conscience et de référencement. La quatrième porte sur l’harmonisation des tarifs des services d’avortement sécurisé.
Une étude appelée à déboucher sur des actions
Pour les organisateurs, l’atelier devait permettre de transformer les constats en propositions concrètes. « Notre objectif n’est pas seulement de valider un rapport mais valider une base solide pour agir », a expliqué la chargée de programme de ARAYAA Santé.
Les participants ont ainsi été invités à hiérarchiser les problèmes, à identifier les responsabilités des différents acteurs et à définir les prochaines étapes ainsi que les mécanismes de suivi.
L’enjeu est désormais de traduire les résultats de l’étude en mesures concrètes afin de réduire les écarts entre le cadre légal de l’IVG et l’accès effectif aux soins au Bénin.
