Après son retrait progressif de la vie politique, Édouard Balladur avait continué à publier des ouvrages et à participer à plusieurs réflexions institutionnelles. En 2007, il avait notamment présidé une commission chargée de réfléchir à une révision de la Constitution.

Sa disparition, annoncée lundi 31 août 2026 par sa famille, a suscité de nombreux hommages dans la classe politique française. Le président Emmanuel Macron a salué la mémoire d’un homme qui avait « la France au cœur » et qui fut un « serviteur exigeant, mesuré, dévoué » de la République. Voici cinq choses à savoir sur son parcours.

1. Un proche de Georges Pompidou dès les années 1960

Édouard Balladur entre véritablement dans les cercles du pouvoir en 1964, lorsqu’il devient conseiller social de Georges Pompidou, alors Premier ministre. Il se retrouve notamment au cœur de la crise de Mai 68 et participe aux négociations qui aboutissent aux accords de Grenelle.

Après l’élection de Pompidou à la présidence de la République en 1969, il rejoint l’Élysée comme secrétaire général adjoint, avant de devenir secrétaire général de la présidence en 1973. Il occupe alors une position particulièrement influente auprès du chef de l’État.

Né le 2 mai 1929 à Smyrne, aujourd’hui Izmir en Turquie, Édouard Balladur intègre l’ENA après des études à Sciences Po. Il entre ensuite au Conseil d’État en 1957.

2. Un ministre de l’Économie marqué par les privatisations

Édouard Balladur connaît une nouvelle ascension politique en 1986 lorsqu’il devient ministre de l’Économie, des Finances et de la Privatisation dans le gouvernement de Jacques Chirac, durant la première cohabitation entre François Mitterrand et la droite.

Il conduit alors une importante politique de privatisations. Plusieurs grandes entreprises françaises, dont TF1, la Société Générale et Paribas, sont concernées par ce vaste programme. Les archives de Vie publique montrent notamment qu’il était directement chargé de la mise en œuvre du programme de privatisations.

Il est également associé à la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes (IGF) en 1987. Cette période contribue à installer durablement son image de responsable politique libéral et de technocrate spécialisé dans les questions économiques.

3. Premier ministre de François Mitterrand de 1993 à 1995

En mars 1993, après une large victoire de la droite aux élections législatives, Édouard Balladur est nommé Premier ministre par François Mitterrand. Il devient ainsi le chef du gouvernement de la deuxième cohabitation de la Ve République.


Son passage à Matignon est notamment marqué par une réforme des retraites en 1993 et par une politique économique destinée à faire face à une période difficile, alors que le chômage progresse fortement.

Durant ses deux années à Matignon, Balladur bénéficie d’une certaine popularité et apparaît rapidement comme un possible candidat à la succession de François Mitterrand à l’Élysée.

4. Il affronte son ancien allié Jacques Chirac à la présidentielle de 1995

La candidature d’Édouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995 provoque une profonde fracture au sein de la droite française. Face à lui se présente Jacques Chirac, son ancien allié politique et président du RPR.

Longtemps donné comme favori, Balladur termine finalement troisième au premier tour avec environ 18,6 % des suffrages, derrière Lionel Jospin et Jacques Chirac. Il est donc éliminé et ne peut accéder au second tour. Son échec face à Chirac marque durablement la droite française et met fin à ses ambitions présidentielles.

Cette campagne reste également célèbre pour une phrase prononcée par Balladur le 23 avril 1995 : « Je vous demande de vous arrêter », lancée alors que des sifflets et des huées se faisaient entendre lors d’un déplacement de campagne. Il reste toutefois député jusqu’en 2007 et continue ensuite à intervenir ponctuellement dans la vie publique.

5. Son passage à Matignon a aussi marqué l’Afrique

En Afrique francophone, le nom d’Édouard Balladur reste notamment associé à la dévaluation du franc CFA décidée en janvier 1994, alors qu’il était Premier ministre.


Le 11 janvier 1994, les pays de la zone franc et la France décident de diviser par deux la valeur du franc CFA. Cette mesure, destinée notamment à restaurer la compétitivité des économies concernées, provoque immédiatement une forte hausse du prix des produits importés et une importante baisse du pouvoir d’achat des populations.

Des années plus tard, interrogé par RFI sur cette décision, Édouard Balladur avait défendu le choix effectué par les autorités françaises et africaines, estimant que l’absence de dévaluation aurait conduit les pays de la zone franc dans une situation « quasiment désespérée ».

Son passage au gouvernement est également associé à l’engagement militaire français au Rwanda en 1994, notamment à l’opération Turquoise, décidée dans le contexte du génocide des Tutsi.