Pendant près d’une heure trente, les spectateurs de l’Espace Culturel Le Centre ont été plongés dans un univers où le conte, le théâtre et la musique se répondent. Au cœur de cette création de Mahuto Fidèle Anato figure notamment Iya N’la ou IyaYami, la « mère des mères », importante dans la culture yoruba et le culte endogène Guèlèdè au Bénin.

La pièce raconte, à travers une écriture nourrie de références traditionnelles, une histoire de transmission et de résilience. L’image de la calebasse devient ainsi le réceptacle d’une mémoire familiale et collective, mais aussi le symbole d’un hommage rendu aux femmes et particulièrement aux mères.

Une histoire de femmes, mais aussi d’hommes

Pour Fidel Anato, alias « Le Baobab », artiste polyvalent, le choix du titre repose sur une réflexion autour de la complémentarité entre l’homme et la femme. « Quand on parle femme, on parle homme. [...] Il n’y a pas femme sans homme, parce que c’est une parfaite complémentarité, femme et homme, qui met le monde en ébullition, qui donne vie et qui permet la vie », explique-t-il.

À travers le personnage du grand-père, le spectacle établit ainsi un lien entre les générations et entre les figures paternelles et maternelles. « En parlant de femme, des mères, nous évoquons les pères à travers ceux qui génèrent les pères qui sont les grands-pères », poursuit le metteur en scène.

Cette approche dépasse donc le simple hommage. Elle se veut également une réflexion sur la famille et le vivre-ensemble. Pour Fidel Anato, « c’est le ménage qui fait la nation ». Dans un contexte marqué, selon lui, par les tensions au sein des couples et l’influence des réseaux sociaux, le théâtre peut contribuer à créer un espace de médiation et de réflexion.

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17 jeunes femmes sur scène

« La Calebasse de grand-père » est née du projet « Conteuses en création », présenté comme une pépinière féminine consacrée aux arts oratoires au Bénin. Le spectacle a été construit autour de 17 élèves et étudiantes.

L’objectif affiché par Fidel Anato est de contribuer à la formation d’une nouvelle génération de femmes capables de s’exprimer, de porter leur voix et, demain, d’occuper des responsabilités dans la société. « Les oratrices d’aujourd’hui seront donc les ministres de demain, les présidentes de la République de demain », estime-t-il. Pour lui, le travail artistique ne se limite donc pas à former des conteuses ou des comédiennes. Il s’agit aussi de « tailler une personnalité féminine à travers l’art oratoire ».

La démarche vise également à travailler sur la résilience des participantes et à révéler leurs talents au public. Le choix d’un spectacle de 1h30 sans interruption répondait d’ailleurs à cette volonté de pousser les jeunes artistes dans leurs retranchements. « Même pendant la création, elles criaient que c’est trop long, le public va s’ennuyer », raconte Fidel Anato. Mais le pari semble avoir été réussi. « Au bout du boulot, le public n’a pas été ennuyé, et au contraire, le public regarde 1h30 de spectacle et en redemande », se réjouit-il.

« Un sentiment inexplicable » pour les artistes

Sur scène, les jeunes comédiennes ont vécu une expérience qui dépasse, pour certaines, le simple exercice artistique. Falade Yasmine, étudiante en fin de formation en administration culturelle et conteuse, décrit un moment particulièrement intense. « Pendant le spectacle, on est abrité par un esprit de muse. Tu ne te rends pas forcément compte de ce que tu fais. Tu n’es pas sur terre, mais tu n’es pas non plus dans l’espace », confie-t-elle.

Pour la jeune artiste, cette sensation constitue précisément « l’âme du théâtre » et « l’âme de l’art ». Elle insiste toutefois sur le long travail ayant permis d’aboutir à la représentation. « Ce que vous avez vu ce soir, ce sont des mois de réflexion, de travail, des gens qui se sont battus derrière pour nous permettre à nous d’avoir la chance de participer, de goûter à l’art et à la culture, de long en large et de valoriser notre culture », témoigne-t-elle.

L’Espace Culturel Le Centre joue sa partition

L’accueil du spectacle par l’Espace Culturel Le Centre s’inscrit dans une volonté de soutenir les initiatives mettant les femmes en avant. Pour Berthold Hinkati, directeur de l’Espace Culturel Le Centre, l’engagement de sa structure était avant tout une question de responsabilité. « Ce qui m’a motivé, je pense que c’est le fait que ce spectacle parle de la femme », explique-t-il. Selon lui, l’Espace Culturel Le Centre « fait un effort remarquable pour mettre la femme au centre de tout ».

Face à l’ampleur des moyens humains et financiers mobilisés pour une telle production, il estime que les structures culturelles ont un rôle à jouer dans l’accompagnement des artistes. « On a un devoir moral de les accompagner, pour leur dire, oui, nous sommes aussi là pour vous », affirme Berthold Hinkati. Il considère par ailleurs la production comme « authentique » et souligne le travail accompli avec les 17 jeunes participantes.

Un appel à accompagner la relève

Au-delà de la réussite de la représentation, Berthold Hinkati plaide pour un accompagnement durable des jeunes artistes. Sa satisfaction s’accompagne d’une inquiétude : celle de voir les jeunes talents abandonnés après leurs premiers succès. « Ces enfants-là, il faudrait les accompagner. Parce que s’ils arrivent à présenter un spectacle pareil, et qu’au bout de quelques années, on les laisse, pour moi, ça sera un peu comme une peine perdue », estime-t-il.

Le directeur de l’Espace Culturel Le Centre dit avoir été marqué par l’accueil réservé à la pièce. « Je n’ai pas entendu une seule personne qui ait parlé mal de ce spectacle. C’était des encouragements, des applaudissements », rapporte-t-il.