La disparition de Sidya Touré referme une longue trajectoire politique commencée dans l’administration ivoirienne avant de se poursuivre au sommet de l’État guinéen puis dans les rangs de l’opposition. Selon Guinéenews, l’ancien Premier ministre est décédé vendredi 25 septembre 2026 aux environs de 23 heures GMT à l’Hôpital américain de Paris, où il était hospitalisé depuis près de deux semaines. Voici cinq repères pour comprendre le parcours de celui qui a dirigé l’UFR.
1. Un haut fonctionnaire formé entre la Guinée et la Côte d’Ivoire
Né en 1945 à Dimbokro, en Côte d’Ivoire, de parents guinéens, Sidya Touré a effectué une grande partie de sa carrière professionnelle dans ce pays. Diplômé de l’École nationale du Trésor de Paris et titulaire d’une formation en droit des affaires, il s’est d’abord construit une réputation de technocrate dans l’administration ivoirienne.
Il a notamment occupé des responsabilités dans les secteurs du Trésor et du commerce intérieur. Son parcours l’a ensuite conduit au cabinet du Premier ministre ivoirien Alassane Ouattara, avec lequel il a travaillé à une période importante de la gestion économique de la Côte d’Ivoire. Cette expérience administrative et économique constituera l’un des principaux atouts de Sidya Touré lorsqu’il reviendra s’investir directement dans la vie publique guinéenne.
2. Un passage à la Primature qui lui vaut le surnom de « Sidya courant »
En juillet 1996, Sidya Touré est nommé Premier ministre par le président Lansana Conté, dans un contexte marqué par une grave crise économique et les mutineries qui avaient secoué le pays quelques mois plus tôt. Il restera à la tête du gouvernement jusqu’en mars 1999. À la Primature, son action est notamment associée aux réformes économiques et administratives, au rétablissement des relations avec les partenaires financiers internationaux ainsi qu’aux efforts entrepris dans les secteurs de l’eau et de l’électricité.
Ces résultats lui valent alors le surnom populaire de « Sidya courant », en référence aux efforts réalisés pour améliorer l’accès à l’électricité. Son départ du gouvernement en 1999 marque le début d'une nouvelle étape de sa carrière. L’ancien Premier ministre choisit désormais de s’inscrire durablement dans le champ politique.
3. De chef de gouvernement à figure de l’opposition
Après son départ de la Primature, Sidya Touré devient l’une des figures importantes de l’opposition guinéenne. Il prend la tête de l’Union des forces républicaines (UFR) au début des années 2000 et conserve la direction de cette formation pendant de nombreuses années. Son engagement politique le conduit notamment à participer aux grandes mobilisations de l’opposition contre les différents pouvoirs en place.
Le 28 septembre 2009, il se trouve au stade de Conakry lors du rassemblement organisé contre une éventuelle candidature du chef de la junte, Moussa Dadis Camara, à l’élection présidentielle. La manifestation est violemment réprimée par les forces de sécurité. Amnesty International a documenté plus de 150 morts et plus de 1 500 blessés lors de ces événements.
Sidya Touré fait partie des responsables politiques présents sur les lieux et est blessé à la tête lors de cette journée qui deviendra l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire politique récente de la Guinée.
4. Deux candidatures à la présidentielle et une parenthèse aux côtés d’Alpha Condé
Avec l’instauration du multipartisme et l’ouverture de la compétition électorale, Sidya Touré cherche à transformer son influence politique en victoire électorale. Il participe à l’élection présidentielle de 2010, puis à celle de 2015. Lors du scrutin de 2010, il s’impose comme l’une des principales figures de la compétition et devient l’un des acteurs importants du paysage politique guinéen.
Mais son parcours connaît une inflexion quelques années plus tard. En 2016, Alpha Condé le nomme Haut représentant du chef de l’État, fonction qu’il quitte après une période de collaboration avec le pouvoir. Cette proximité avec le président suscite alors des interrogations au sein de l’opposition.
Sidya Touré reprend ensuite ses distances avec le pouvoir et retrouve les rangs de l’opposition, notamment dans la contestation du projet de troisième mandat d’Alpha Condé. En mai 2025, malgré son éloignement de la Guinée, il participait encore à la vie de l’UFR. Il avait notamment pris part par visioconférence au congrès extraordinaire du parti, signe qu’il continuait à suivre les activités de sa formation depuis l’étranger.
5. Les dernières années marquées par l’exil
Le coup d’État du 5 septembre 2021 contre Alpha Condé ouvre le dernier chapitre de la vie politique de Sidya Touré. Après la prise du pouvoir par les militaires, il quitte la Guinée et s’installe en Côte d’Ivoire. Son départ ne signifie cependant pas la fin de son engagement politique. Depuis l’étranger, il continue de prendre position sur l’évolution de son pays et de participer, à distance, aux activités de son parti.
Selon Guinéenews, Sidya Touré vivait en exil en Côte d’Ivoire depuis 2022. Le média rapporte également qu’il était malade depuis plusieurs mois à Abidjan avant son évacuation vers Paris, où il est décédé le 25 septembre 2026. Ainsi s’achève le parcours d’un homme qui aura occupé successivement les fonctions de haut responsable administratif, Premier ministre, candidat à la présidentielle, chef de parti d’opposition et Haut représentant du chef de l’État.
