Faire rayonner la musique béninoise à l’international ne met pas à l’abri des difficultés administratives. Installés en France depuis 2022, six membres du Gangbé Brass Band risquent de devoir quitter le territoire après des décisions liées au renouvellement de leurs titres de séjour. L’affaire a été révélée le 14 octobre 2026 par le quotidien français Libération. 

Des concerts annulés qui fragilisent leur séjour

Les six artistes étaient titulaires d’un titre de séjour « passeport talent profession artistique et culturelle ». Mais l’annulation de plusieurs festivals faute de subventions a réduit leurs possibilités de travail et leurs revenus. Le groupe, qui comptait une trentaine de dates à son calendrier, n’aurait pas atteint le volume d’activité nécessaire au renouvellement de ses titres. Les conditions de ressources applicables à ce statut constituent également un enjeu dans leur dossier. 

Le tromboniste Martial Ahouandjinou explique que le groupe n’a pas atteint les 507 heures d’intermittence requises pour bénéficier de ce régime professionnel. Pour deux des musiciens, l’administration invoque également des ressources jugées insuffisantes durant leurs premières années en France. Une situation difficile à comprendre pour les artistes, qui affirment n’avoir rencontré aucun problème administratif jusque-là. « Depuis notre arrivée, on n’a jamais eu aucun problème. Ce qui nous arrive est un coup dur pour tout le monde », déplore Benoît Avihoué, percussionniste du Gangbé Brass Band, cité par la presse. 

À Douarnenez, des soutiens se mobilisent

Trois membres du groupe, Crespin Kpitiki, Martial Ahouandjinou et Benoît Avihoué, vivent à Douarnenez, dans le Finistère. La situation de Martial Ahouandjinou, recruté par une école de musique, suscite notamment des inquiétudes : son contrat est bloqué en raison de sa situation administrative. La mairie a saisi le préfet pour attirer l’attention sur le dossier. Une pétition réclame également l’abrogation des mesures visant les artistes. Selon leurs soutiens, plus de trente concerts pourraient être compromis si les musiciens étaient contraints de quitter la France. 

 

Deux musiciens attendus devant la justice

Les six membres du groupe sont concernés par les OQTF, mais leur situation judiciaire n’est pas identique. Ebenezer Akloe, saxophoniste, et Prosper Odjo, trompettiste, ont engagé une procédure pour contester les mesures les concernant. Leur référé a été rejeté en août 2026, et leur recours doit être examiné le 19 novembre 2026 par le tribunal administratif de Rennes. Cette échéance concerne les deux musiciens identifiés dans cette procédure. Les informations publiées ne permettent pas d’affirmer que les quatre autres membres ont engagé le même recours ou qu’ils seront concernés par cette audience. 

Fondé à Cotonou en 1994, le Gangbé Brass Band associe jazz, cuivres, rythmes traditionnels béninois et influences de la musique vodou. Depuis la fin des années 1990, le groupe s’est produit sur des scènes européennes et internationales, a enregistré plusieurs albums et contribué à faire connaître la musique béninoise au-delà du continent africain.